Immersion en forêt équatoriale au cœur de la réserve d'Epulu

par Caroline-Etsamanga Piers [me contacter]

J'ai vécu près de 5 ans en Afrique Centrale entre 2001 et 2010 dont plusieurs années en République Démocratique du Congo (RDC) comme professionnelle de l'humanitaire.

C'est pendant cette période que j'ai rencontré John Hart qui vit avec sa famille depuis plus de 30 au Congo pour la protection de la faune et de la flore. C'est grâce à cette rencontre que j'ai pu pendant 8 jours, vivre au rythme d'un camp de chasse pygmée dans la Réserve de la faune de l'Okapi en 2007. J'habitais et travaillais à Bukavu.

Pour moi ce voyage c'était répondre à l'appel de la forêt reçu en arrivant en Afrique et plus fortement en venant en RDC.

Montrer ces photos c'est partager mon émerveillement, c'est aussi honorer ces hommes, ces femmes, ces enfants qui m'ont si chaleureusement accueillie.

C'est une façon pour moi de leur dire que je pense à eux, qu'ils sont toujours présents dans mon coeur. Et comme ils parlent de moi à la veillée en racontant la chasse que nous vécus ensemble, moi aussi de mon côté je parle d'eux et raconte mon séjour parmi eux.

 

Okapi

L'okapi est l'ancêtre de la girafe endémique de la région. Animal nocturne et solitaire, il est très rare de pouvoir l'observer dans son milieu naturel. Celui-ci est dans le parc de la réserve, un orphelin laissé par les braconniers.

Tombo et le chef de clan

Tombo à gauche et le chef de clan à droite., au village la veille du départ en forêt.
J
'ai la bénédiction du chef de la communauté pour ce séjour et il me confie à Tombo. Il sera notre guide.

A la recherche du ciel

En forêt la visibilité varie entre 3 et 5 mètres maximum... et pour une néophyte comme moi, quand nous quittons la grande route, saignée de terre rouge dans ce vert omniprésent, pour entrer sous la frondaison des arbres... Tout est vert, je ne vois que du vert... du vert partout, à droite, à gauche, devant, derrière, même en levant la tête à la recherche du bleu du ciel, c'est vert !

Tombo, pisteur bienveillant et encourageant

L'homme rencontré au village se transforme dans la forêt. Il en connaît chaque recoin, il est fier de contribuer à la préservation de ce bout de forêt. Tombo comme les autres membres de la communauté sont des encyclopédies vivantes. Leur connaissance de leur environnement est vaste et précise.

A bout de force, dépassement

Petite anecdote du pourquoi de cette photo. La veille du départ, pendant la journée des dernières préparations, je vais faire une chute, cogner mon genou droit déjà affaiblit par plusieurs trauma plus ou moins anciens. Il va gonfler pendant la nuit et remettre en question la marche en forêt prévue le lendemain matin à l'aube. A la porte du rêve, après 2 ans de patience et trois jours pour arriver au village, hors de question pour moi de rebrousser chemin. Pas moyen de partager le contenu de mon sac, les deux gardes armés de la réserve qui nous accompagnent et Tombo sont déjà chargés et ne peuvent en prendre plus. J'allège mon sac encore une fois mais il reste quand même plus de 10kg. Nous ferons les 12km qui nous séparent du camp de chasse en 9 heures. Et je tomberai un nombre incalculable de fois, parfois butant sur des racines, me cognant la tête dans des branches basses que je n'ai pas vues à cause de mon chapeau, tombant sur mes genoux ou de tout mon long face contre terre. La douleur est intense. Continuer quand même. Ne rien voir que du vert, passant mon temps à regarder par terre où je mets les pieds, aux prises avec mes peurs des serpents d'eau quand nous traversons des zones humides avec de l'eau trouble au-dessus des genoux. A cet instant je choisi de m'en remettre totalement à Tombo, de tout mon être. Que pouvais-je faire d'autre? Tombo avec une patience infinie et douce, ralentira le rythme de la marche, insistera pour faire de vraies pauses de 15 à 20 minutes pour ménager mon genou. Et cette photo a été prise à 20 ou 30 minutes de l'arrivée. En pleine extase, ivre de fatigue. A ce jour je n'ai aucun souvenir de la douleur, il n'en reste aucune trace. Je serai soignée par le chef du camp dès le soir même et pendant plusieurs jours.

Le camp de chasse, un terrain de jeu extraordinaire

La joie des enfants à vivre au camp est visible et communicative.

La vie au camp, essayer sous un regard bienveillant

Le premier jour au camp, pas moyen de bouger, c'est repos obligatoire. Une chance extraordinaire de faire connaissance avec ceux restés au camp pendant que les autres sont à la chasse. Et là aussi beaucoup de bienveillance pour ma curiosité et mon désir d'apprendre. Une qualité d'accueil extraordinaire.

Construction d'une hutte dans la journée

Comme pour la chasse les couples oeuvrent ensemble pour la construction des huttes. L'un sélectionne les branches et installe la structure, le deuxième cueille les feuilles et les installe sur la structure. Le tout est réalisé dans la journée.

Jeune couple

Je vous présente le plus jeune couple du camp. Les couples sont amoureux, ça se sent dans leur attitudes même s'il y a peu de contacts physiques démonstratifs. Les regards parlent ici plus que les gestes. Et ces deux là s'étaient fâchés le jour de notre arrivée. Lui, c'est la première personne du camp que j'ai rencontré, il courrait après elle parce qu'ils s'étaient disputés plus tôt et qu'elle avait quitté seule le camp.

Les célibataires

Les célibataires partagent la même hutte. J'ai eu peu d'échanges avec eux. Très touchée de voir que comme tous les autres membres du groupe ils veillent sur les enfants.

Tendresse

Beaucoup de tendresse avec les enfants. Ces deux là n'ont pas forcément un lien de parenté.

La vie au camp

Voici une scène de la vie au camp... avec pour jouer celui qui réalisera la plus belle cuillère le plus rapidement.

Départ pour la chasse: quel couple puissant !

Ce jour là c'est elle qui porte le feu pour les prières quand ils partent pour la chasse. Chaque homme réalise lui-même son filet. Les fibres végétales sont filées en les roulant à la main sur la cuisse. Chaque filet mesure entre 300 et 400 mètres de long et 1 mètre de hauteur. Vous pouvez en imaginer le poids! Et encore plus lourd quand il a plu. Hommes et femmes chassent ensemble. Ensemble ils installent les filets mis bout à bout les uns aux autres en arc de cercle. Les hommes restent à proximité de leur filet et les femmes s'éloignent pour rabattre le gibier.

Prières aux ancêtres pour la chasse

Avant de chaque tentative il y a un long moment de prières aux ancêtres. Une partie de chasse compte 4 à 5 tentatives voir plus.

La réponse de la forêt : succès de la chasse

Ce fut une grande bénédiction pour le camp ce jour là, car lors de ma première participation une grande antilope s'est offerte. Ce fut un grand signe de la forêt selon eux. Ils ont crié des remerciements pendant plus de 15 minutes. Un moment fondateur pour moi.

Touchée au coeur à cet instant magique

La lumière, la présence, l'instant...

La quête du Miel 1

Le temps de la récolte du miel est un grand moment d'euphorie et d'excitation. Là encore les hommes et les femmes y vont ensemble. Le repérage se fait tout au long de la période d'activité des abeilles, à partir du sol. Les prières, le feu....

La quête du Miel 2

Préparation du feu pour les feuilles...

La quête du Miel 3

Les feuilles pour enfumer les abeilles dans la ruche sauvage cachée dans la branche d'un arbre...

La quête du Miel 4

Des braises seront déposées au cœur d'un amas de feuilles enroulées comme un gros cigare... Il sera transporté en bandoulière dans le dos, tout en haut de l'arbre.

La quête du Miel 5

En soufflant dedans, la fumée endormira les abeilles. A coup de hachette ils agrandiront l'ouverture de la ruche pour en prélever les rayons.

La quête du Miel 6

Tout là haut sur la branche : Regardez bien! Il y a deux jeunes gens tout en haut sur la branche située à une hauteur entre 30 et 50 mètres ! bien que ces deux là se réjouissent du miel qu'ils vont récolter, ils ont maille à partir avec une colonie de fourmis très urticantes pas contentes du tout de les voir arriver là. Il descendront le miel récolté dans un panier le long d'une corde. Et bien sûr régal assuré à l'arrivée du panier! Non nous n'attendrons pas d'être rentrés au camp pour en profiter, il y en aura assez pour tout le monde. Par contre l'euphorie est telle, que ceux restés au camp ne manqueront pas de nous appeler pour que nous ne tardions pas trop.

Trésors de la forêt

Dans mon panier réalisé plutôt dans la semaine, je ramène les fruits et autres trésors de mes sorties hors du camp. Les plus gros fruits sont ceux utilisés pour les tatouages dont le jus est mélangé avec de la cendre. Tatouage temporaire s'il est seulement dessiné à même la peau, il est permanent quand il est pratiqué avec une aiguille.

L'esprit de la forêt

Il y a de ces moments comme celui-ci ou la présence de l'esprit de la forêt se fait sentir.

Le regard le plus fort, inoubliable

Je n'ai aucun commentaire, tout est là... dans son regard.

Annexes

Pour en savoir un peu plus sur le travail de John Hart et de sa femme Terese (c'est en anglais) : http://www.lukuru.org/our-people.html

https://www.rainforesttrust.org/news/okapi-journals/

 

Et une vidéo pour voir d'autres images de la forêt ; peut-être que vous y reconnaîtrez certaines des personnes sur les photos bien plus jeunes à l'époque.

 

Cartes et géopolitque

Ces photos ont donc été réalisées en RDC, dans la province de l'Ituri au Nord-Est du pays, dans la Réserve de Faune de l'Okapi - appelée également Epulu.

Vous pouvez repérer sur la carte la Réserve de l'Okapi, et le point rouge c'est Béni, lieu atterrissage de l'avion de mon vol Goma-Béni. Ensuite vous pouvez imaginer le trajet en voiture de Béni jusqu'à la réserve d'Epulu, plus de 7h de route.

Et je souhaite saisir cette occasion pour vous parler un peu de géopolitique avec ce blog plutôt bien fait sur les enjeux des matières premières et des téléphones portables :

Et une carte pour découvrir la réalité de l'exploitation forestière, autre enjeux de la RDC mais plus largement des forêts équatoriales. Les zones protégées sont très réduites vu l'étendue de la forêt à préserver.

 

Musique

Pour l'ambiance musicale, voici un lien à écouter en regardant les photos (surtout les 3 premiers chants et le dernier) :

Ecouter sur Deezer | Ecouter sur Spotify

J'ai eu la chance d'écouter et de participer le premier soir de mon arrivée au camp, à la ronde de ce type de chants polyphonique. Le chant tourne autour dans le cercle des chanteurs.